De Professeur David Crystal

25 janvier 2016 - 15:13

Citation célèbre de Shakespeare - to be or not to be
"Etre, ou ne pas être, telle est la question ?". L'influence de Shakespeare sur la langue anglaise d'aujourd'hui. ©

istock collection, Hemera. Claudio Divizia.

Le professeur David Crystal, spécialiste en linguistique, nous parle de l'influence de Shakespeare sur la langue anglaise. (Cet article a été traduit et reformaté pour ce blog à partir d'un article en anglais.)

Des milliers de mots toujours en usage

On ne peut parler anglais sans utiliser l’anglais de Shakespeare. Il n’a pas seulement fait entrer dans le vocabulaire plusieurs milliers de mots toujours en usage aujourd’hui (assassination, beguiling, contaminated, domineering, excitement, fixture, go-between, hostile), il nous a aussi laissé des dizaines d’expressions idiomatiques.

Ainsi, si vous utilisez with bated breath (pour "retenir votre souffle"), love is blind ("l’amour est aveugle") green-eyed jealousy (si la jalousie, ce "monstre aux yeux verts", vous fait peur), truth will out ("la vérité finira toujours par triompher"), blinking idiot ("sacré idiot"), vous citez alors Le Marchand de Venise.

De même si vous employez to the manner born (si vous avez "quelque chose dans le sang"), foul play ( si vous êtes témoin de "malversations"), in sorrow more than anger (si vous êtes "dans la peine plus que dans la colère") , cruel only to be kind (pour "qui aime bien châtie bien"), vous faites référence à Hamlet

Une langue créative

Mais nous devons encore plus à Shakespeare. La créativité de sa langue nous incite à développer notre propre créativité. L’une des caractéristiques principales de la langue anglaise est qu’un mot peut avoir différentes utilisations grammaticales. Ainsi le mot round peut être un nom (it's my round / c’est mon tour), un verbe (we rounded the corner / nous avons tourné au coin), un adverbe (I turned round / je me suis retourné(e) ), un adjectif (a round shape / une forme circulaire), une préposition (round the corner / dans le coin). 

Shakespeare nous montre comment mettre en pratique ce principe pour créer des nouveaux mots et ajouter une intensité dramatique. Il aime particulièrement utiliser des noms pour des verbes : to mouth lorsqu’Hamlet conseille aux saltimbanques de ne pas marmonner leurs répliques, to nose lorsqu’il dit à Claudius qu’il débusquera le corps de Polonius s’il n’est pas bientôt découvert.

Nous faisons de même aujourd’hui : I can eye you warily (dévisager quelqu’un); you can leg it (se sauver, se tirer); I can text you (envoyer un texto).

Savoir oser avec les mots

L’une des autres caractéristiques de la langue anglaise est l’utilisation de préfixes et de suffixes : il y a environ 300 exemples où Shakespeare est le premier à utiliser des mots commençant par un : certains sont des mots de tous les jours comme uncomfortable (inconfortable) et unaware (ignorant de quelque chose) ; d’autres sont plus inattendus : to unsex lorsque Lady MacBeth demande aux esprits de la faire ressembler à un homme ; to unshout, to unspeak, to uncurse, et to unswear, quand des personnages demandent aux autres de ne pas crier, de ne pas parler, de ne pas maudire et de ne pas jurer.

A nouveau, nous retrouvons cette forme aujourd’hui : uncool, ungimmicky, untouristy, unfunny, unpolicemanlike, unsorry. On peut donc en théorie ajouter un- à n’importe quel mot, si l’on ose. C’est ce que Shakespeare nous a appris : savoir oser en parlant une langue. 

Les expressions de Shakespeare détournées aujourd'hui

On retrouve cette volonté d’oser dans les journaux. Les journalistes jouent avec une des plus célèbres répliques pour rendre leurs titres plus accrocheurs : To be or not to be? That is the question. Un article se demandant si l’on devait payer ou non pour un service était intitulé To pay or not to pay ; un autre sur nos habitudes alimentaires To diet or not to diet ; un autre s’interrogeant sur l’entrée en guerre To fight or not to fight. Shakespeare nous autorise à jouer de cette façon avec la langue. 

Nous pouvons apprendre beaucoup en étudiant la façon dont Shakespeare a utilisé la langue anglaise. En nous intéressant à son approche, nous prenons conscience du potentiel expressif de la langue, et pouvons renforcer notre confiance en tant que locuteur. Et bien entendu, plus nous étudions sa langue, et plus nous comprenons et apprécions ses pièces sous l’angle littéraire et théâtral. 

Vous pourrez écouter le professeur David Crystal lors d'une émission retransmise en direct et en ligne le mardi 2 février de 19h à 22h (heures françaises) - voir le lien ci-dessous. 

Biographie de l'auteur

Professeur David Crystal

David Crystal est Professeur honoraire de linguistique à l'Université de Bangor. Il est également l'auteur de "Think on My Words: Exploring Shakespeare’s Language".