Worlds in the Making
Black Rain

C’est un duo composé de Ruth Jarman, née en 1973, et Joe Gerhardt, né en 1972. Ils vivent et travaillent à Brighton, au Royaume-Uni, et s’attachent à créer des œuvres visuelles et sonores à partir de données scientifiques, de paysages en mutation et de films d’animation. Semiconductor explore la nature éphémère de notre monde et s’interroge sur notre place au sein de l’univers en réinventant le regard que l’on porte sur la science et la technologie, révélant ainsi la singulière beauté des mouvements de corps célestes ou des révoltes de la matière.

Après avoir envahi la Biennale de Venise, le Hirshhorn Museum de Washington et le Barbican de Londres, ils investissent le théâtre du lycée Jacques-Decour à l’occasion de la Nuit Blanche de Paris et présentent deux œuvres, Black Rain et Heliocentric, dans ce lieu qui jadis accueillit Édouard Manet, Gustave Moreau et François Truffant en tant qu’élèves, et qui ouvre ses portes durant la nuit pour la première fois depuis les protestations étudiantes de Mai 68.

En 2011, Semiconductor présente une nouvelle création à la FACT (Foundation for Art and Creative Technology) de Liverpool. Il s’agit de Worlds in the Making, une installation vidéo fragmentée en trois parties distinctes réalisée à partir de perspectives dystopiques sur la volcanologie, les données sismologiques étant transformées en matériel sonore, livrant ainsi une bande son évoquant le bruit des pierres, les nuages de fumées anxiogènes et les torrents de lave. Il en résulte un témoignage bouleversant sur les origines du monde, et sur le langage à la fois tendre, cruel et fragile de la nature.

Pour Heliocentric, le duo s’intéresse au rôle joué par le soleil, source de toute l’énergie, de toute la vie dans notre galaxie. L’œuvre est construite à partir d’un montage photographique accéléré et de techniques astronomiques de suivi de la trajectoire du soleil, et présente la course effrénée de cette étoile chargée de carburant à travers une série de paysages terrestres.

Ruth Jarman et Joe Gerhardt travaillent avec l’aide de scientifiques de la NASA sur les données brutes de deux satellites jumeaux de la mission Stereo, dont l’objectif est de fournir des informations sur les éruptions solaires et leurs effets sur l’environnement terrestre. Le résultat sera Black Rain, une projection utilisant des images qui n’ont pas été retravaillées, du matériel de première source, avec toutes les impuretés initiales des enregistrements originaux, afin de créer une œuvre rappelant le regard subjectif et distant de l’observateur humain.

Les données solaires sont également au cœur de Brilliant Noise, une création qui utilise les archives en noir et blanc de différents observatoires, réalisée au Space Sciences Laboratory de la NASA à Berkeley, en Californie. Les représentations irréelles qui résultent de l’imagerie scientifique donnent l’impression de regarder le chaos en face, ce chaos vertigineux dont nous sommes issus. Tout le travail de Semiconductor repose là : déceler la réalité parallèle de ce que l’on ne peut voir, ni comprendre, et montrer les fragments de cet univers intangible mais bien réel.

(Photos : Worlds in the Making ; Black Rain ; vidéo de Heliocentric ; vidéo de Black Rain ; vidéo de Brilliant Noise, © Semiconductor)