- Un nouveau rapport d’On the Move et de Skånes Dansteater, soutenu par le British Council, examine l’état actuel de l’accessibilité dans l’enseignement supérieur artistique à travers différents pays européens, dont la France.
- Seules 41 % des institutions interrogées ont adapté les épreuves d’admission, seulement 27 % fournissent des informations dans des formats accessibles, et moins de la moitié décrivent clairement leurs dispositifs d’accessibilité en ligne.
- 49 % des artistes en situation de handicap diplômé·e·s d’un établissement d’enseignement supérieur ont participé à plus de 15 productions professionnelles, contre seulement 24 % des artistes en situation de handicap n’ayant pas suivi ce type de formation.
Paris, le 26 janvier 2026 - Europe Beyond Access (EBA), le plus grand projet mondial sur les arts et le handicap, présente le rapport Learning to Change, qui examine les barrières structurelles empêchant les personnes en situation de handicap d’accéder à l’enseignement supérieur dans les arts du spectacle. Coordonnée par On the Move (le réseau international d’information et de soutien pour les artistes et les professionnel·le·s de la culture), commandée par Skånes Dansteater et soutenue par le British Council, la recherche couvre différents pays européens, dont la France, et révèle une cascade d’exclusion : un enseignement inaccessible limite l’entrée dans la profession, ce qui laisse ensuite à tort penser qu’il existe une faible « demande » en matière d’accessibilité.
S’appuyant sur des enquêtes, des entretiens et des groupes de discussion avec des artistes en situation de handicap, des organisations culturelles et des établissements d’enseignement supérieur européens, Learning to Change met en lumière un écart majeur entre les intentions inclusives et la pratique réelle.
Seules 41 % des institutions interrogées ont adapté les épreuves d’admission, seulement 27 % proposent des formats d’information accessibles, et moins de la moitié décrivent clairement leur accessibilité en ligne. L’inaccessibilité physique, des conceptions étroites de l’esthétique, les barrières de communication et des cultures organisationnelles excluantes continuent de bloquer les candidat·e·s en situation de handicap.
L’expérience d’apprentissage au sein des institutions révèle également d’importantes lacunes. Sur les neuf domaines évalués, aucune note d’accessibilité n’a dépassé 5,87/10. Les étudiant·e·s ont signalé un manque de services de soutien, des installations inaccessibles, une organisation des emplois du temps inadéquate, une compréhension limitée des handicaps invisibles et neurodivergents, ainsi que des pratiques de formation basées sur des attentes capacitistes. De nombreux étudiant·e·s cachent leur handicap pour éviter la discrimination ou l’épuisement émotionnel.
Ces barrières ont des répercussions évidentes sur les opportunités professionnelles. Parmi les artistes en situation de handicap, 49 % de ceux ayant fréquenté un établissement d’enseignement supérieur ont participé à plus de 15 productions professionnelles, contre seulement 24 % de ceux n’ayant pas eu cet accès. Les organisations culturelles reconnaissent également le problème : 75 % d’entre elles identifient le manque d’éducation accessible comme un problème structurel nécessitant des politiques et des investissements à l’échelle du secteur.
Alors que 77 % des professionnel·le·s exclu·e·s de l’enseignement supérieur ont trouvé des parcours de formation alternatifs, ces voies manquent de reconnaissance officielle, de réseaux et de visibilité que fournissent les institutions formelles. Le rapport souligne que ces parcours alternatifs ne peuvent justifier l’inaction des pouvoirs publics ou des universités : une réforme significative de l’enseignement supérieur artistique reste essentielle.
Mesures nécessaires pour une inclusion effective
Learning to Change identifie également les facteurs existants favorisant un changement positif : un leadership engagé, des budgets et des équipes dédiés, des partenariats avec des organisations spécialisées dans l’accessibilité, le recrutement de personnel en situation de handicap et la reconnaissance institutionnelle de la diversité des expressions artistiques comme un atout culturel.
Enfin, le rapport présente une série de recommandations concrètes. Les autorités publiques sont invitées à investir dans l’accessibilité, à réformer la législation discriminatoire et à soutenir l’apprentissage transfrontalier. Les établissements d’enseignement supérieur sont encouragés à réaliser des audits d’accessibilité, à réviser les critères d’admission, à adapter les programmes et à impliquer les personnes en situation de handicap dans la gouvernance. Les organisations culturelles sont appelées à examiner la représentation dans leurs programmations et à collaborer étroitement avec les établissements d’enseignement.
Au niveau de l’Union européene, le rapport plaide pour des mesures d’inclusion renforcées dans les prochains cadres politiques et pour un dialogue structuré avec ADICLUS (le Cluster européen Arts et Handicap), reconnaissant son expertise unique dans le domaine du handicap et des arts. Seul un changement systémique, correctement financé, peut garantir que l’enseignement des arts du spectacle - et le secteur professionnel qu’il alimente - devienne véritablement inclusif et reflète la diversité de l’Europe.