De Arnold Oswald

03 juillet 2017 - 18:00

Arnold Oswald nous raconte ses moments les plus marquants de la finale internationale de FameLab 2017.

Voici donc la dernière partie du récit de cette superbe édition de FameLab 2017. Pourquoi superbe ? Tout d’abord, il se trouve que cette année marquait le 10ème anniversaire de la compétition. Et pour couronner le tout, ce fut également l’année comptant le plus de pays participants (31!). FameLab est désormais incontestablement une compétition globale, s’étendant du Royaume-Uni au Brésil, en passant par l’Inde, l’Afrique du Sud ou encore l’Azerbaïdjan. Autant de cultures riches et différentes dont j’ai eu le privilège de rencontrer les champions nationaux.

Malgré le temps passé dans les phases finales, le principal objectif de FameLab n’est pas la compétition, mais bien l’échange d’idées et le développement d’une communauté de jeunes scientifiques avides de coopérer pour partager leurs passions avec le reste du monde.

La sélection est simplement un merveilleux prétexte pour pousser chacun à être créatif et délivrer un message scientifique le plus original possible.

En parlant d’originalité, cette année fut un bon cru : Nicole (Hong-Kong) a successivement débarqué en malade atteint de la variole puis en « crotte », Zaid (Malaisie) a jeté un paquet de billes dans la salle pour parler d’intelligence artificielle, Alex (Royaume-Uni) a rappé en parlant d’épilepsie et de contraception masculine… chacun possédait sa couleur et son style pour présenter un sujet intéressant. Tant et si bien que les juges auraient pu envoyer les trois-quarts d’entre nous en finale ! Mais les règles sont les règles, et tout comme 73.33% de mes amis, je n’ai pas eu le privilège de participer à la « finale des finales ».

Qu’à cela ne tienne ! S’il y a bien une chose que j’ai vite compris dès le début de cette édition, c’est que la meilleure manière d’utiliser mon temps était de profiter du réel cadeau de cette semaine : pouvoir discuter avec les autres finalistes, qui furent autant de personnes fascinantes. En plus du sentiment d’être un citoyen du monde, j’en ai tiré beaucoup d’idées, de réflexions et d’énergie pour de futurs projets.  

Quelle est la place des scientifiques dans la société ? Comment sont-ils perçus par le grand public ? Comment diffuser un message allant à contre-courant des croyances populaires ? Comment rétablir des ponts face à la méfiance qu’une partie des gens ont développé envers « les scientifiques » ? Ces questions représentent une infime partie des sujets que j’ai eu le plaisir d’aborder lors d’un après-midi dans un pub avec Tshiamo (géologue, Afrique du Sud), Irène (immunologue, Ouganda) et Nural (microbiologiste, Australie). Croiser nos points de vue ancrés dans différents continents et cultures m’ont permis de donner de la perspective au défi auquel nous faisons face. 

Un exemple ? Irène nous a raconté que dans diverses communautés proches de chez elle, la science est encore vue comme lointaine, nébuleuse et mal perçue en raison de l’empreinte culturelle de l’idée de sorcellerie. Ceci pose un problème majeur pour la prévention du paludisme: des gens refusent que l’on diffuse un simple spray empêchant les moustiques de rester dans leur maison, ce qui aiderait à freiner les infections. Pour autant, lorsqu’il s’agit de vacciner les enfants, personne ne remet en cause ces mesures car tous sont conscients des bénéfices immenses, encore frais dans les mémoires, que cela apporte à la santé des populations. A l’opposé, dans divers pays occidentaux (France et Australie en l’occurrence) où la pénétration de la science dans le grand public est bien plus grande, il apparait malgré tout des groupes de personnes semblant oublier - ou prendre pour acquis - la victoire des vaccins sur ces maladies « du passé ». C’est ainsi que Nural nous racontait avec désespoir comment des cas de maladies pour lesquelles il existe un vaccin sont réapparus en Australie. Ce fait n’a pas manqué de faire réagir Irène et Tshiamo pour qui un tel comportement, typiquement occidental, semblait absurde !

Une autre source d’inspiration nous était également accessible : les conférences du festival des sciences. Récit d’un caméraman du grand Nord, exposé sur la psychologie de la perception chez l’humain, débat à propos de la place croissante qu’occupent les algorithmes dans notre monde… ces occasions furent autant de points de départs pour des échanges fascinants.

Bref ! Voilà un échantillon minuscule des expériences inoubliables que j’ai pu avoir vivre lors de cette semaine. Je possède assez de matériel pour écrire une nouvelle, mais là n’est pas l’objectif.

Je retiens que FameLab 2017 a été un puits d’inspiration pour faire de la communication scientifique, un formidable chaudron où les cultures se sont mélangées sans soucis des frontières, et un moyen puissant de développer une communauté qui, j’en suis persuadé, aura un impact positif sur le futur.

Nous (31 finalistes) avons d’ores et déjà un embryon de projet commun sur YouTube. J’ai également eu vent de l’idée de se retrouver tous ensemble l’an prochain, au festival des sciences de Sofia, en Bulgarie.

Je suis conscient qu’en France le concours « Ma thèse en 180s » est très présent dans les universités, et que certains conçoivent à tort celui-ci comme un concurrent de FameLab. Je déplore cette vision. Dans le grand bateau de la communication scientifique pour le grand public, il y a de la place pour tout le monde et chaque initiative bénéficie aux autres dans une synergie qui ne peut qu’avoir de bonnes répercussions.

Que vous soyez jeune étudiant(e), professeur(e) émérite, ou d’une quelconque manière en lien avec la recherche ou l’enseignement, j’espère sincèrement que la lecture de ces quelques lignes vous poussera à parler de FameLab autour de vous, et pourquoi pas, y participer lors de la prochaine édition !