De Arnold Oswald

16 mai 2017 - 10:06

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James Glossop

Gagnant de FameLab France 2017 Arnold Oswald a été invité par le présentateur de la soirée, Alan Vonlanthen à préparer un dossier pour son émission Podcast Science - programme de vulgarisation scientifique sur le web. Il a alors effectué des recherches pour parler en détail de l’histoire de la méthode scientifique, et en fait ici un court résumé pour attiser votre curiosité ! 

Qu’entend-t-on par « la méthode scientifique » ?

On en parle tout le temps, certains la mettent sur un piédestal, d’autres la trouvent rébarbative : mais qu’est-ce que c’est ? Ce que l’on nomme en général « la méthode scientifique » désigne de manière rigoureuse la méthode hypothético-déductive. Pourquoi ? Simplement car elle est basée sur la formulation d’hypothèses, puis la mise à l’épreuve des prédictions qu’on en déduit. C’est une sorte de mini-programme que l’on peut faire tourner en boucle

On peut détailler cela en un cycle de plus ou moins 5 phases :

  1. On commence généralement par une idée / intuition sur un phénomène.
  2. On canalise et comprime ensuite cette idée dans une proposition qui reprend l’essence de ce qu’on pense, généralement sous la forme d’une question qui peut être testée : une hypothèse
  3. En admettant cette hypothèse comme vraie, on déduit ce qui devrait se passer en faisant des prédictions sur un phénomène à venir (ou des rétrodictions = la même chose dans le passé !).
  4. On peut ensuite tester empiriquement ces prédictions par des observations ou des expériences, et le cas échéant : réfuter ou accepter l’hypothèse.
  5. Grâce à notre nouvelle compréhension, on recommence le cycle avec des idées différentes. 

Et voilà. Cet enchaînement représente l’essence de la démarche scientifique. Son but est de chercher à comprendre le monde en utilisant une méthode qui se remet en question à chaque « boucle » que l’on fait, à chaque itération. On peut la résumer par la formule « recherche systématique de l’erreur ».

L’idée est la suivante : le meilleur moyen de ne pas se tromper est de constamment « chercher la petite bête » - ce qui pourrait tout faire s’écrouler. On construit un édifice tout en révisant ses fondations : et c’est ce qui fait que ça tient debout !

Chaque discipline utilise des outils différents : un pharmacien utilisera un essai contrôlé en double aveugle pour tester l’efficacité d’un médicament, tandis qu’un physicien utilisera des critères statistiques très exigeants pour savoir s’il a détecté une nouvelle particule. Néanmoins l’essentiel de la démarche reste la même : on suppose quelque chose, puis on tente par tous les moyens de voir si cela peut être faux. Si on ne trouve aucune raison de remettre l’idée en cause, on la garde, jusqu’à preuve du contraire.

Cette méthode est cependant « relativement » récente à l’échelle de l’histoire. Elle n’a été développée et utilisée que depuis le XVIIe siècle. Qu’est-ce qui a bien pu se passer avant ?

Les origines de la méthode scientifique

Historiquement l’homme a fabriqué des outils et fait du feu avant de chercher à comprendre le monde : la technique précède donc la science. On peut associer les premières traces précises d’activités scientifiques aux premières civilisations ayant utilisé une écriture manipulant des concepts abstraits, vers 3000 av. JC : en Égypte (hiéroglyphes) et en Mésopotamie (cunéiforme). Ces civilisations avaient les rudiments d’un système de comptage, de la géométrie, un peu d’astronomie…

En outre, pour ce qui est de la méthode, la majorité des racines menant à la situation actuelle peuvent être trouvées dans la Grèce antique. A cette époque, sous l’impulsion de nombreux philosophes, les Grecs commencent à structurer leur recherche du fonctionnement de la nature : Aristote codifiant la rhétorique et le discours logique, Thalès mettant en avant une vision d’une nature intelligible, ou encore Pyrrhon d’Élis posant les bases du scepticisme.

La méthode dominante de l’époque (dominante ne signifiant pas la seule !) est la méthode aristotélicienne. Elle reposait sur l’idée de « nature des choses » : une qualité indispensable qui fait qu’une chose est ce qu’elle est.

Avec cette méthode, une idée était acceptée soit si elle touchait à la nature des choses par l’intuition, soit si elle découlait logiquement d’autres idées intuitives. Attention : « intuitif » dans ce contexte désigne un type d’intuition apportée par l’expérience. Par exemple : pour comprend la nature d’un poisson, les Grecs demanderaient à un pêcheur, car son expérience donnerait à son intuition la capacité d’en toucher la nature.

Cette méthode comportait déjà une partie de déduction logique mais reposait sur des axiomes ou postulats très vagues et subjectifs. Bien qu’elle ait été remise en cause durant l’âge d’or du monde arabe, notamment par le mathématicien et physicien Alhazen, cette méthode a dominé les cercles intellectuels jusqu’à la Renaissance et le XVIIe siècle.

A cette époque, la succession des observations astronomiques de Galilée et des théories de Descartes et Newton ont permis à la communauté scientifique de tourner la page. Au milieu du XVIIIe siècle, la méthode hypothético-déductive était devenue la méthode dominante. Les détails historiques qui ont permis ce changement sont des plus fascinants. Imaginez : il a fallu envoyer des expéditions sur d’autres continents pour mesurer la longueur d’un degré le long d’un méridien de la Terre… mais tout cela nécessite d’être détaillée avec nuances, ce que je ne ferai pas ici.

Pour connaître toute l’histoire, écoutez l’épisode 297 de Podcast Science !

BIographie de l'auteur

Arnold Oswald

Arnold a gagné FameLab France 2017 avec sa présentation intitulée « Comment a-t-on marché sur la Lune ? » . Arnold est actuellement bénévole chez Gaming for Good, une organisation visant à créer des chaînes de dons à des organismes de bienfaisance via la communauté des jeux, tout en fournissant des informations convaincantes pour que les gens réfléchissent à leur comportement quotidien et à leur impact sur le monde.

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